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Les vraies raisons de la domination de Sassou Nguesso.
Depuis le retour au pouvoir du Président Denis Sassou Nguesso dans des conditions que tout le monde connait, les forces politiques en face de lui ont du mal à s’organiser et à constituer une opposition politique unie. Ce que dans l’exception congolaise, tous les coups sont permis et acceptés tant il manque des règles du jeu.
Il faut remonter à la période des indépendances pour comprendre l’homme politique congolais dans son ensemble. Et l’on se souviendra qu’en 1959, les populations congolaises connurent leur première guerre civile par la faute des hommes politiques.
En effet, obéissant à la logique d’enrichissement et de positionnement personnels, le député Yambo changea de camp et fit perdre à son propre camp l’opportunité de contrôler le pouvoir d’Etat.
Ce comportement cristallise tout ce qui est vécu aujourd’hui au sein de l’opposition congolaise.
Autre exemple. Au sortir de la conférence nationale souveraine, le paysage politique congolais était composé des forces de changement (globalement, tous ceux qui voulaient du départ de Sassou Nguesso du pouvoir donc du changement) et les conservateurs (rassemblés au sein de l’ancien parti unique).
Cette fracture radicale du paysage politique se resserra progressivement à mesure que les uns et les autres voulurent se rapprocher de la sphère du pouvoir. On compris alors qu’il n’y avait qu’une fracture de façade car, les hommes politiques changent de camp au gré des intérêts. Et la question est de savoir si ces intérêts sont ceux du peuple ou les leurs propres.
A l’évidence, on est tenté de dire qu’il s’agit de leurs propres intérêts, très éloignés d’un rapprochement d’idées ou d’idéologie ou d’une position partagée par les populations.
Sous le régime Lissouba, l’opposition s’organisa autour d’un thème favori : l’exclusion supposée ou réelle des ressortissants du Nord Congo de la gestion de la chose publique.
On prête d’ailleurs souvent au Président Sassou Nguesso d’avoir utilisé le repli identitaire comme argument pour regrouper autour de sa personne un grand nombre d’autres personnes sociologiquement et géographiquement proche de lui.
D’autres forces politiques comme le MCDDI de Bernard Kolélas ne s’allièrent que par « envie d’accéder coûte que coûte au pouvoir ».
Quoique que blâmable, ce thème permit au moins d’avoir une opposition franche au pouvoir de Lissouba.
Aujourd’hui, il est peut-être impératif de savoir qui est à l’opposition et pourquoi celle-ci n’arrive pas à s’organiser ni à s’entendre. A la première question, il est difficile de donner une réponse concrète.
En effet, usant de corruption et agissant sur les attitudes pavloviennes des hommes politiques qui recherchent plus l’intérêt personnel que celui du groupe, le régime Sassou a réussi à introduire dans toutes les sphères de la vie politique des taupes.
Ainsi a-t-on aujourd’hui des opposants de jour, railleurs ou gouailleurs, c’est selon, mais qui la nuit, vont retirer leur chèque à Mpila.
Depuis, cette situation a fragilisé l’opposition et l’a discréditée aux yeux des populations. Le doute ainsi créé profite au pouvoir qui a le beau rôle de jeter l’anathème sur chaque personne qui se déclare opposant. Conséquemment à cette première situation, la seconde interrogation donne plusieurs réponses. La première est liée à la guerre de positionnement. Il n’est pas rare d’entendre des opposants déclarer en privé que « Sassou est très fort et qu’il est difficile de le déboulonner ».
Cet aveu d’impuissance appelle alors une autre interrogation, pourquoi s’opposent-ils ? Réponse, toujours en privé, « pour être remarqué et peut être susciter que le pouvoir vous récupère ».
Dans cette catégorie figurent les personnes qui n’ont aucune vision claire, aucune proposition concrète de sortie de cette crise, qui n’envisagent aucune action et privilégient la parlotte.
Dans chacune de tentative d’organisation, ce genre d’opposants, en réalité opportunistes, recherche les premières places. Ils se plaisent à être appelés président.
La seconde raison est liée à la première, mais reste plutôt pécuniaire. Etre à l’opposition, faire des déclarations tapageuses et espérer qu’un jour le pouvoir finira par m’acheter. Et vive la belle vie. Ici, la misère aidant, plusieurs personnes s’improvisent dans cette catégorie d’opposants.
Aigris ou incapables de soutenir un certain niveau de vie, ces prétendus opposants dont les enfants doivent être soutenus en occident passent pour être des radicaux. Mais, il y a et il est vrai, des vrais opposants qui aspirent à un vrai changement des pratiques politiques et qui sont porteurs d’un projet alternatif. Ceux-là ne défendent pas des positions personnelles, mais des idées nouvelles, adaptées au contexte actuel.
En définitive, il est difficile pour ces différentes catégories d’opposants de demeurer ensemble et de constituer un bloc uni face à Sassou Nguesso.
Comment comprendre qu’à l’approche des présidentielles de 2009, les opposants soient encore à rechercher une forme d’organisation qui convienne (d’autres attendent de créer une autre plateforme, une de plus, dont on se demande si elle aura le temps de s’implanter dans tout le pays avant les élections).
Pourtant, les exemples de certains pays qui font face à une dictature similaire peuvent servir de modèle. Le Zimbabwe, le Kenya viennent de réussir des exploits en matière d’unité de l’opposition. L’opposition afghane a réussi à chasser Musharaf du pouvoir en faisant taire ses querelles et en se concentrant sur l’essentiel, c’est-à-dire, le départ du pouvoir d’un homme qui manifestement voulait faire chavirer la démocratie en instaurant un pouvoir patrimonial.
N’ayant donc pas de points d’accord, l’opposition congolaise réussira t-elle à obtenir ses revendications de commission électorale indépendante ou de traitement équitable de l’information dans les médias d’Etat ?
C’est moins sûr, car le pouvoir a deux moyens de pression : l’argent et les menaces. L’opposition salive et un simple coup de fil suffit pour qu’elle accroche.
Sam Samuel Oyemba |