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Musiciens congolais, tous des thuriféraires ! Suggérer par mail
19-01-2010

Soudain, l'envie vous prend d'écouter la musique congolaise. Vous tirez au hasard un CD de votre belle collection. Et l'écoutez. Mais, très vite, vous le changez. Vous répétez l'opération trois, quatre, cinq fois. Quelque chose vous insupporte: tous les chanteurs égosillent les noms d'hommes politiques et d'officiers de l'armée. Jules par ici ; César par là. Napoléon par ici ; Bonaparte par là. Sékou par ici ; Touré par là, etc. Vous vous rabattez alors sur la télé. D'un clic, vous tombez sur Télécongo. Un clip passe. Hélas, là-aussi, les noms d'hommes politiques se suivent à l'infini. Vous éteignez l'écran et sortez.

Vous avez raison : boycottez ces musiciens ; fuyez Télécongo. La musique congolaise - des deux Congo - brille par sa pauvreté textuelle et sa litanie de noms. 

En regardant Télécongo, vos yeux seront submergés par une obscurité lumineuse ; vos oreilles assourdies par un silence massif. Faites un retour en arrière : ressortez les chansons de Kabassalé, Luambo Makiadi, Tabu Ley, Pamelo, Youlou Mabiala, etc. Sans doute trouvez-vous ces voix d'un autre temps ! Mais sommes-nous contemporains de notre époque ? Si non, votre bonheur ne sera que grandiose. Jamais, mais vraiment jamais, ces artistes - morts ou vivants -, ne débitaient les noms d'hommes politiques ou d'officiers de l'armée dans leurs oeuvres. Adoucir, égayer et faire réfléchir les âmes étaient leur objectif premier. Leurs paroles profondes, leurs mélodies aérées et la guitare qui les accompagnait faisaient bouger même ceux de nos frères et soeurs qui avaient rejoint les limbes.
 
Excellences - vous, hommes politiques des deux Congo, adorez ce mot -, c'est être excellents que d'interdire ces chansons - où l'on vous cite - cent fois sans excellence. Vous y gagnerez en dignité. Vous aspirez à l'ubiquité ? Soit ! Mais n'est pas dieu qui veut. Vous êtes instruits : vous avez lu Alexis de Tocqueville. Dans son inventaire des dérives de la démocratie, il redoutait "bien moins, pour les sociétés démocratiques, l'audace que la médiocrité des désirs". Et, chérir le "succès bien plus que la gloire", est un désir médiocre. Il faut avouer qu'à défaut de promouvoir la démocratie politique, vous démocratisez la médiocrité. 

Et c'est bien-là le drame des deux Congo. 

Bedel Baouna 

Texte paru dans Le Gri Gri international

 

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