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Dieu est définitivement mort au Congo
Par Bedel Baouna
Il faut employer le passé composé, comme si c'était hier, ce matin. Trois siècles ont passé depuis que Kimpa Vita (Dona Béatrice) a été brulée vive -- avec son enfant et son compagnon -- pour hérésie. Les auteurs de ce drame ont cru combattre par là l'embryon d'une déviation du christianisme. Peine perdue. Aujourd'hui, le Congo-Brazzaville regorge d'assemblées religieuses ou d'églises de réveil, voire de sectes. Une manne pécuniaire pour leurs fondateurs !
Le spectacle laisse pantois. Dans une rue, sous une tente de feuilles de palmier, des gens chantent à tue-tête, chacun habillé d'une longue robe rouge bariolée de croix. A une encablure de là, en plein air, des enfants, des jeunes et des adultes assis sur des bancs. Ils récitent des prières, les mains levées au ciel. En transe, plusieurs femmes tombent, comme foudroyées.
Ce sont deux assemblées religieuses, ou plutôt deux sectes rivales. Las de leurs conditions de vie, ces hommes et ces femmes s'orientent vers des doctrines douteuses, comme attirés par les ultimes illusions d'un avenir meilleur. A Moungali, les dimanches, dans une grande cour qui borde l'avenue Loutassi, c'est la liesse. On y rencontre des citoyens moyens mais aussi des personnalités, et pas des moindres... Cette assemblée est très cotée, même en Europe.
Le point commun entre ces assemblées (et c'est cela le comble de la désolation), c'est que ces pauvres gens déboursent des sommes parfois considérables pour écouter les nouveaux prophètes. Et ces derniers sont riches : certains se promènent dans des bolides; ils répugnent aux fullas-fullas, trop sales pour ses soi-disant serviteurs de Dieu.
Un mensonge éhonté
Dans un dévergondage textuel, Sony Labou Tansi fait une "Prière":
« Nous sommes battus Seigneur
Par tout ce qui n’est pas vrai
Par tout ce qui n’est pas là
Et qui cogne la merde
Nous sommes battus et vaincus
Par l’allure véreuse de la Vierge ».
La prolifération des ces assemblées religieuses (ou commerciales) témoigne de la mort du Congo, du moins du progrès de la laideur. Il ne s'agit nullement d'un véritable engouement spirituel. Ces nouveaux prophètes assassinent Dieu pour la énième fois au profit du mensonge. S'ils apportent réellement la paix de l'âme, les guérisons, ils devraient commencer par soigner les hommes politiques, en proie à l'immaturité et à une métastase politique. Mais "circulez, il n'y a rien à faire!" "Dieu est mort, alors tout est permis!" (On a beau croire en un Dieu révélé, on n'est pas capable de s'éléver).Trop de spiritualité tue la spiritualité. Vive les erreurs de jugements! Après tout, "l'échelle du vice est la même pour tous"; nul n'est à l'abri d'une erreur ou d'une faute de jugement. Ces nouveaux prophètes qui tuent la spiritualité, la vraie, se parent du manteau de la quête d'une spiritualité alternative pour dissimuler, en vérité, une activité quasi-mafieuse. Ils prêchent; ils bénissent; ils guérissent... Vraiment ?
Un Etat défaillant
Loin d'être un directeur de conscience, l'Etat devrait préserver les citoyens du joug de ces aigrefins. Il ne s'agit pas de livrer une chasse implacable aux minorités spirituelles, mais d'endiguer l'instrumentalisation de la misère par ces gourous d'un nouveau genre. Hélas, le Congo ne jure plus que par le "point d'achèvement" dans la perspective de devenir un "pays pauvre très endetté"... Alors on affame; on prive; on abandonne chacun à son propre sort... Et si ces citoyens malheureux trouvent leur bonheur auprès de ces nouveaux prophètes, tant mieux! Aussi ne grogneront-ils pas contre la politique du moment. Kimpa-Vita aurait aimé vivre au Congo-Brazzaville de 2010, en tant que prophétesse, il est en revanche difficile de dire qu'elle aurait approuvé la cupidité de ses alter-ego. |