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Le Pool, une région à genoux Suggérer par mail
24-01-2010

Par Bedel Baouna

Brazzaville faisait partie du Pool. Mais, pour des raisons farfelues, la capitale a été soustraite à la région, devenue un véritable champ de ruines.

Ce n'est pas tenir un discours aux relents régionalistes que de parler du drame du Pool. Ce serait un raccourci sirupeux. Un Français qui dénonce une injustice faite à la Bretagne ou à la Corse n'est pas forcément régionaliste ou séparatiste.

Au moment où le Congo fêtera ses cinquante ans d'indépendance, l'âge où l'on commence à relire son histoire, il est une partie du pays retournée à la préhistoire.

En 2010, il est difficile de voir dans le Pool des enfants de dix, onze, douze ans qui sachent lire et écrire; il est difficile d'y visiter une entreprise nouvellement créee; il est difficile d'y donner le chiffre exact de la mortalité, etc. C'est comme si un bataillon de calamités assiégeait la région. "Mal nommer les choses, c'est ajouter à la misère du monde", écrivait Albert Camus. Marcel Guitoukoulou l'a compris : dans sa conférence de presse du 11 décembre dernier, il a usé d'une métaphore grandiose, le Far West, pour qualifier Mindouli, une contrée du Pool. Un constat hélas vrai! Pourquoi ce retour vers l'an moins 1 du Pool?

D'aucuns expliquent ce chaos par la présence de Ntumi, durant cette décennie. Erreur d'analyse. Non, le pasteur Ntumi, si tant qu'il soit un homme de Dieu, n'est pas la cause de ce drame : il n'est qu'une imposture exquise. Une fabrication parfaite. Il a profité de cette faveur pour régner en maître. Denis Sassou Nguesso, à l'issue des événements meurtriers de 1997, a chassé du Congo deux mastodontes politiques, Pascal Lissouba et Bernard Kolélas. Aurait-il eu du mal à broyer un lièvre de la taille de Ntumi? Non! Non! Non! Si Denis Sassou Nguesso l'avait voulu, en une minute, il aurait chassé Ntumi et ses zouaves à la chevelure épaisse, du Congo.

Fortuné Dombe Bemba, coutumier des articles soporifiques et des jugements de valeur, a écrit: "Après avoir détruit le Pool, Ntumi a failli récidiver à Kinsoundi." Une phrase fétide : elle ne relève pas de l'analyse profonde. Ntumi montre ses muscles dans le Pool et à Kinsoundi parce qu'il dispose d'un passe-droit. Son rôle consiste à annihiler toute nouvelle velléité politique issue du Pool. Aussi est-il devenu le chouchou des médias congolais, dont celui de la télévision primitive. Il se croit incontournable, et là surgit sa naïveté : s'il avait été vraiment dangereux, Denis Sassou Nguesso aurait vidé les caisses du Trésor public pour recruter les meilleurs mercenaires du monde ou fait appel, de nouveau, aux Angolais. Il eût fallu que Ntumi fût un homme de convictions, à l'image de deux originaires du Pool, Hervé Ambroise Malonga et Isidore Mvouba - le premier est constant et cohérent dans son opposition à Sassou ; le second l'est dans son soutien à l'homme du "Chemin d'avenir". Cela, Fortune Dombe Bemba l'ignore ou le tait.

Il ne se passe pas un jour sans que les hommes politiques, dans leur majorité, ne prononcent les mots "Paix" et "Réconciliation nationale". Une farce insipide. Pour employer ces mots, il faut que le Congo soit en guerre ou que les Congolais, entre eux, se haïssent. Or ça n'est pas le cas : le Congo n'est pas en guerre; les Laris aiment les Mbochis, les Bembés aiment les Tékés, etc. Les événements de 1997 opposaient trois milices privées pour le pétrole..., pas l'armée congolaise à une faction de rebelles ou à un autre pays. Quand la Camorra, la Cosa Nostra et la Stidda s'égorgent s'étripent se chantournent pour un territoire, l'Italie n'est pas en guerre et ne peut parler de "Paix ou de Réconciliation nationale". Le pouvoir actuel a inféodé l'inconscient collectif congolais des mots "Paix et Réconciliation nationale" pour masquer sa vacuité complète et son absence présente de bilans. Alors, il a maintenu Ntumi dans le Pool, comme prétexte au chaos de cette région.



Une mentalité bizarre

Les originaires du Pool sombrent facilement dans l'approximation, le sentimentalisme et le mysticisme, ce qui paralyse la réflexion et l'analyse. Des milliers de gens pensent que Grénard Matsoua demeure vivant. Kambo tata matsoua ba mu hondélé, / kua lu widi é ko kua kena é (On vous a dit que Matswa a été tué, / Vous avez entendu, il est toujours vivant). Sottise! Sottise! Sottise! Jamais il ne prétendait opérer des miracles ; il ignorait le verbe "prêcher". C'était plutôt un vaillant combattant de la liberté, un franc-maçon au sens noble du terme. Epouser ses idéaux est une chose -- et cette chanson peut être analysée comme une foi forte et résolue aux idéaux d'André Matsoua --; le considérer comme un prophète en est une autre.

Plus récemment, les originaires du Pool ont inventé une rivalité entre Kolelas et Milongo. Et si cette rivalité a pu exister, en réalité, entre les deux hommes il n'y avait aucune commune mesure. Kolelas était un homme politique dans tous les sens du terme; Milongo, lui, était un homme d'Etat, un brillant technocrate et, au fil du temps, il est devenu plus un combattant de la politique qu'un conquérant de pouvoir. De ce fait, Milongo était dépourvu de stratégie, au contraire de Kolelas qui ne rêvait que de pouvoir.

Les partis politiques ont poussé tels des champignons, pour se disputer l'électorat du Pool. Il est vrai qu'au Congo aucun parti politique n'a de véritables assises nationales (le PCT-MRP-PJR et leurs succursales boiteuses : un archipel de godillots ventrus, d'élus nommés; une juxtaposition d'intérêts personnels pharaoniques. L'ARD : une fédération de pseudos partis. L'UPADS : une école maternelle de la haine. Le MCCDI : un conglomérat de fétichistes et d'animistes anachroniques dont la parole du gourou était la norme. L'UDR-Mwinda : un club de plaisantins au verbe terne. Et, pour ajouter à cette confusion océanique, Marcel Guitoukoulou crée le Congrès du peuple, un parti sans visibilité ni lisibilité. Sans doute faudra-t-il une loi qui limite le nombre de partis à quatre, cinq ou six, pour éviter cet éparpillement et ce sera l'an 1 de la politique au Congo). A vrai dire, le drame du Pool reflète à merveille la mort du Congo. Voilà !

 

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