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On ne tire pas des leçons du passé
Les opposants ivoiriens et togolais s'éparpillent
Par Bedel Baouna
Deux pays d'Afrique de l'ouest, la Côte-d'Ivoire et le Togo, vivent au rythme de la campagne présidentielle. Comme d'habitude, il y a pléthore de candidats.
Paul Valéry se méfiait de l'Histoire. Et pour cause : " L'Histoire justifie ce que l'on veut, elle n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout." Les opposants ivoiriens et togolais imitent leurs frères congolais et gabonais, lesquels ont doné, l'année dernière, une image pitoyable. Incapables de désigner un candidat unique. A quoi servent donc les réunions ou les conférences de presse communes? A amuser la galerie. Aucun doute.
Jeudi dernier, les instances dirigeantes des partis se réclamant d'Houphouët Boigny tenaient une réunion importante. Cette rencontre avait pour objectif "d’analyser la situation sociopolitique nationale marquée par les préparatifs de l’élection présidentielle". Etaient présents : Henri Konan BEDIE, Président du PDCI- RDA ; Alassane Dramane OUATTARA, Président du RDR ; Albert Toikeusse MABRI, Président de l’UDPCI ; Innocent ANAKY KOBENA, Président du MFA. D'une même voix, vigoureuse, ils ont dénoncé le désordre sur le territoire national ; le blocage du processus électoral qui remet en cause, de ce fait, le progrès de la démocratie; le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo par la violence et la force.
Mais, fait étonnant, ils n'ont pas abordé la question vitale d'une candidature unique de l'opposition. Et c'est Konan Bédié qui annonçait à la presse que chaque parti de l'opposition aura son propre candidat. D'une image enchantée, on est passé à une image déchantée. Si bien que le ministre de l'Intérieur Désiré Tagro a "ri des opposants ivoiriens." Ego ou obssession du pouvoir ? Quoiqu'il en soit, la dispersion des candidats opposants est une mauvaise stratégie.
Pis, l'opposition ivoirienne ne profite pas la brêche entrouverte dans le camp de Laurent Gbagbo : madame Martine Aya Djibo, présidente du Parti pour l’unité de la république de Côte d’Ivoire (Purci), a vivement critiqué jeudi l'envoi d’un contingent burkinabé en Côte d'Ivoire pour sécuriser l’élection présidentielle. « Comment comprendre qu’un pays tiers, fut-il facilitateur de circonstance, se donne le droit de venir superviser des élections dans un pays souverain comme la Côte d’Ivoire », s’est demandé Mme Djibo, proche de Laurent Gbagbo. Cette décision « n’est pas conforme et est truffée d’incohérences », a-t-elle estimé. Elle a promis aborder la question avec le Président ivoirien qu'elle soutient, car "cette arrivée imminente de soldats burkinabé cache quelque chose de louche », a-t-elle commenté.
Les opposants togolais ne font pas non plus dans la dentelle. Dans une conférence de presse commune, Kofi Yamgnane, Agbéyome Kodjo et les représentants des candidats Brigitte Adjamagbo-Johnson (CDPA), Yawovi Agboyibo ( CAR), Jean-Pierre Fabre ( UFC), Bassabi Kagbara ( PDP-CODEP), ont demandé un report de l'élection présidentielle du 28 février prochain. Ils suspectent la fiabilité des listes électorales. « Le rapport présenté par le Président de la Céni prouve que la révision des listes électorales n’est pas fiable », ont t-ils estimé. Et de pointer du doigt les pannes répétées des groupes électrogènes, ralentissant ainsi les opérations de saisie ; les défaillances fréquentes des kits de recensement ; la réduction délibérée de la durée du temps de travail de révision; le gonflement des listes électorales ; l'inscription multiple organisée d’une zone de recensement à une autre ; l'inscription d’étrangers mineurs, etc.
Si toutes ces irrégularités sont avérées, les opposants togolais devraient boycotter l'élection présidentielle du 28 février prochain, en se retirant. Mais, pour l'instant, ils maintiennent leur candidature. Et c'est là où ils imitent les opposants congolais, à quelques nuances près. Critiquer l'élection présidentielle, une mascarade, tout en entrant sur le terrain de la compétition. Une perte d'énergie superfétatoire ou un déficit épais de crédibilité. |