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30-01-2010

Jean PingJean Ping s'amuse

Après avoir fait de 2010 l'année de la paix et la sécurité en Afrique, Jean Ping a plaidé pour qu'on prive les présidents anticonstitutionnels de tribune à l'Assemblée générale de l'ONU.

Par Bedel Baouna


Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, a donné ce mercredi à Addis-Abeba le top-départ de l’initiative "2010, Année de la paix et la sécurité en Afrique". Et de promettre un renforcement des efforts de paix à travers le continent. "J’ai l’honneur et le privilège aujourd’hui d’annoncer son lancement officiel à la presse mondiale. Je sais que le succès de cette initiative dépendra en grande partie du soutien que lui apportera les médias », a déclaré M. Ping, appelant à relayer cette initiative le plus largement possible. Toutefois, Jean Ping ne prétend pas "qu’il n’y aura pas de crise et de conflit en Afrique en 2010.

Mais la Commission de l’UA ne ménagera aucun effort pour marquer cette année comme une étape importante, car elle facilitera l’installation d’un climat sociopolitique favorable à l’enracinement d’une paix et sécurité durables en Afrique", a-t-il ajouté. 

Sans doute, c'est dans cette perspective que le lendemain, il a appelé à priver les régimes anticonstitutionnels de tribune à l'Assemblée générale de l'ONU. Il va sans dire que les présidents malgache et guinéen, entre autres, sont dans sa ligne de mire. C'est une belle intiative : l'image que donnent certains pays africains est immonde. Mais l'intention de Jean Ping, au demeurant noble, paraît comme un coup d'épée dans l'eau. Le président de la Commision de l'UA oublie un élément de taille : la Chine. La Guinée, par exemple, en octobre dernier, a signé un contrat de 9 milliards de dollars avec la Chine, pour l'exploitation de sa bauxite et de son pétrole offshore, et il est à craindre que l'empire du milieu ne soutienne pas l'initiative de Jean Ping.

Une lecture étriquée de la Constitution 

Là où Jean Ping s'amuse, c'est qu'il fait une lecture étriquée de la Constitution. Il ne suffit pas d'une simple élection - une condition nécessaire mais pas suffisante de la démocratie - pour qu'un pouvoir ne soit pas anticonstitutionnel. Encore faut-il que l'application du texte fondamental s'accompagne d'une affirmation des valeurs. Un régime qui brime l'opposition ou qui foule aux pieds la liberté d'expression n'est pas constitutionnel. Aucune Constitution au monde, aussi imparfaite soit-elle, n'autorise la répression. Mais la majorité des présidents s'y complaisent. Leurs Voiliers répugnent au vent contraire pour avancer. 

Le mandat de Mamadou Tandja, au Niger, était arrivé à terme. Mais par une manoeuvre fallacieuse et honteuse, il s'est maintenu au pouvoir. Entre-t-il dans la catégorie des régimes anticonstitutionnels? Qu'en dit Jean Ping? Laurent Gbagbo demeure au pouvoir, alors que son mandat avait expiré depuis longtemps. Entre-t-il dans la catégorie des présidents anticonstitutionnels? 

Le Congo-Brazzaville et le Gabon ont connu, l'année dernière, des élections présidentielles mouvementées. Des mascarades, pour reprendre le mot qui était le plus souvent employé. Denis Sassou Nguesso et Ali Bongo entrent-ils dans la catégorie des présidents anticonstitutionnels? 

En vérité, les 3/4 des présidents africains sont "anticonstitutionnels". Beaucoup ont été élus ou réélus dans des conditions suspectes, avec des scores soviétiques. De Ben Ali à Ali Bongo en passant par Denis Sassou Nguesso, sans oublier les Biya, Nguéma, Bozizé, Déby, etc. Jean Ping peut toujours émettre de belles idées, c'est son devoir. Hélas! "aucun d'entre nous ne détient le monopole de la pureté d'intention".

 

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