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Congo-Brazzaville-Société-Festivités Suggérer par mail
03-02-2010

Quel sens donner aux festivités des cinquante ans d'indépendance ?

Dans six mois, le Congo-Brazzaville sera le théatre d'une grande fête: les cinquante ans d'indépendance. L'Etat souhaite une manifestation à la hauteur de l'événement, aussi un comité d'organisation, dont Isidore Mvouba est le président, a-t-il été mis en place. Mais les Congolais, eux, seront-ils fiers de fêter cet anniversaire? 

Par Bedel Baouna

Partons d'un article déjà paru, Le désarroi des Congolais de France. "Cinq Congolais sont attablés sur la terrasse d'un café toulousain. Ils parlent de tout et de rien. Soudain, l'un d'eux soulève une question qui le taraude depuis des lustres : pourquoi les Congolais ne disposent-ils pas de Cafés-Bars-Restaurants en France ? Le plus âgé d'entre eux hoche la tête. "Oui, dit-il, c'est une bonne question. Les Congolais qui disposent en effet de Cafés en France, à Paris ou en Province, se comptent sur les doigts d'une main." Il balaye la rue du regard, puis se tourne vers ses compatriotes : " Nous avons l'habitude de tout imputer à Denis Sassou Nguesso au Congo. Et ici,?

Nous ne pouvons pas dire qu'il nous empêche d'acheter des Cafés ou des maisons." Celui qui avait amorcé ce débat avance un élément de réponses: "Le malheur des Congolais, c'est que nous avons transposé en France la mentalité de chez nous, la culture de l'argent facile. Nous n'avons pas d'ambitions, mais nous voulons réussir. Nous manquons d'audace; nous ne mouillons pas les maillots... Cela explique aussi la passion qu'éprouve le Congolais pour la politique -- au Congo-Brazzaville, qui dit politique, dit réussite." Quelque temps après, il ajoute qu'il ne fêtera pas ses cinquante ans.

L'un d'eux s'étonne : il s'est déjà fait faire un costume et des chaussures sur mesure, pour son anniversaire. L'intéressé, lui, en ricane. Puis, d'un ton sec, il dit "non", ça ne sera pas possible. Il a ses raisons. En fait, il vit en France depuis trente ans, mais demeure locataire d'un HLM... Pis, il ne dispose de rien à Brazzaville, sa ville natale. Quand il y va, en vacances, il séjourne dans un hôtel. Une souffrance morale. 

Transposons à présent cette scène à la nation congolaise. Pourquoi fêter en grande pompe les cinquante ans d'indépendance, sans faire le bilan de ce demi-siècle? Les millions investis pour ces festivités ne rapporteront rien. Encore faut-il montrer à l'ancien colonisateur que l'indépendance du Congo-Brazzaville a débouché sur l'amélioration des conditions de vie des Congolais.

Or, il n'en est rien. A-t-on bâti des routes, des ponts, des hôpitaux, etc? A-t-on amélioré la condition de la femme? (Non, puisqu'elles ne sont que cinq au gouvernement) A-t-on éduqué les jeunes? Si la réponse à toutes ces questions est "oui", alors le Congo a le droit de fêter son anniversaire. Notre pays devra fièrement exhiber sa carte postale devant les visiteurs qui, nous l'espérons, viendront nombreux.

Mais si durant ces cinquante années nous n'avons rien fait qui puisse attirer l'attention des visiteurs, alors nous serions honteux de célébrer cet anniversaire. Dans son discours d'investiture, le 20 janvier 2009, Barack Obama a prononcé une belle phrase : "L'on ne vous jugera pas seulement sur votre capacité à déconstruire, mais sur votre capacité à construire." Tout Congolais objectif et patriote devrait se gêner de parler de cet anniversaire. Car nous avons plus détruit que bâti. Où sont les universités et les hôpitaux? Où sont les emplois? Il existe des Congolais qui ont dépassé la cinquantaine et qui n'ont jamais travaillé de leur vie. Triste Congo!

 

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