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Trois ans ont passé depuis que tu as rejoint les limbes. Mais ton nom demeure en moi, telle une chanson. Je me souviens d'un samedi soir à Paris, en 1960. Comme tu avais un penchant pour les beaux-vêtements, ce que les jeunes d'aujourd'hui appellent "La Sape", tu avais revêtu un costume en lin splendide. Africa Jazz, conduit par Joseph Kabassélé, donnait un concert dans la salle de la mairie du seizième arrondissement. Surprise, tu n'hésitas pas à en être le portier, car personne ne voulait assumer cette tâche. Je me souviens que tu avais beaucoup dansé ce soir-là. Puis, tu t'étais photographié avec le docteur Nico, tellement ses gammes étaient sublimes. Je me souviens que c'était un concert organisé par les étudiants congolais de Léopoldville, pour fêter l'accession à l'indépendance du Congo Belge.
Aujourd'hui, les pays africains célèbrent leur cinquante ans d'indépendance. J'aurais aimé que tu sois là, le 15 août prochain à Brazzaville, nous aurions pu parler de cet anniversaire, sous l'angle du concert auquel nous assistâmes. Tu étais un esprit ouvert et, déjà, j'imagine les réponses qui auraient été les tiennes. J'aurai pu te demander, à toi le politique, ce que ces cinquante ans nous ont apporté... J'aurais abordé avec toi le climat politique, économique et social de notre pays... Tiens, désormais, on accuse tous les opposants de "manger" à M'pila, pour reprendre le titre d'un article. Je suis sûr que tu aurais rigolé. Oui, je le sais. Nous étions des amis, et pourtant tu n'étais pas du même bord politique que moi. Il semble que, ces cinquante dernières années, seule la suspicion ait pris du galon, dans notre cher beau pays. Que faire? Je n'en sais rien. Seul l'avenir le dira.
Cher Ambroise, cher Edouard, je sais que l'homme n'est qu'une matière moins durable que le temps. Alors, le 15 août à Brazzaville, je boirai pour ta mémoire. Et pour celle de notre ami le docteur Nico.
Jean Alphonse L. |