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Elle se lève tôt, parcourt la presse. Puis, après une bonne collation, elle entonne quelques airs, en silence. Travaille ses textes. Vers midi, elle sort. Direction : les salons de coiffure ou de beauté, les marchés. Bref, tous les endroits où se rencontrent les femmes africaines. Sa mission : leur parler de la prévention du Sida...
C'est une voix à la fois puissante et limpide, à l'image de celle sa consoeur aînée et disparue Mpongo Love. Aussi, dans les années 1980, Tabu Ley l'intégra dans son Afrisa International, au côté de M'Bilia Bel. Aujourd'hui, Faya Tess, de son vrai nom Kishila Ngoyi, la quarantaine pétillante et éclatante de sensualité, vit à Paris et y mène une carrière solo. Son dernier album - Libala ya temps plein (Distribution Wedoo Music) - est une merveille. Mais la sirène d'eau douce, comme on l'appelle, a une autre activité ; elle milite pour une noble cause. Membre active d'Afrique-Avenir, une association regroupant les femmes noires, toutes les femmes noires, Faya Tess se sert de son aura pour expliquer, vanter les bienfaits du préservatif féminin. Une fois, deux fois par jour, elle parcourt les salons de beauté, les restaurants, à la rencontre des femmes noires. Une tâche qui l'occupe "à temps plein", pour reprendre le titre de son dernier album, mais dont elle ne se plaint pas. C'est qu'elle ne supportait plus d'entendre parler du préservatif féminin et que les femmes noires, exposées le plus souvent au virus du VIH, ne le connaissent pas.
Au début, il y a dix ans, elle avait du mal à convaincre plus d'une femme, tant le sujet était tabou. Chaque fois qu'elle abordait ce sujet avec les femmes qu'elle rencontrait dans les salons de coiffure, dans les réunions d'associations et les fêtes, aussitôt elles lui tournaient le dos. Mais, aujourd'hui, ça n'est plus le cas. "Ouf! Je commence à percevoir le changement de mentalité. Au début, ça n'était pas évident, mais aujourd'hui, les femmes que je rencontre se précipitent vers les préservatifs féminins", observe-t-elle. Et d'ajouter : "J'aurai pu y rénoncer, mais ça n'est pas mon genre." Le verbe "rénoncer" fait d'autant moins partie de son répertoire qu'elle adore cette phrase de Marc Aurèle : "L'obstacle est matière à actions." C'est quand elle se trouve en face d'une difficulté qu'elle redouble d'efforts et agit en conséquence.
Tant qu'elle respirera, elle se battra pour sa mission, et ce sont pas les murs qui lui feront réculer. En vérité, cette merveilleuse aventure est pour la sirène d'eau douce une découverte de soi...
Le sens de sa vie
Tout commence lors d'un concert de solidarité avec les malades du sida en Afrique. Sans hésiter, elle accepta de poser pour une publicité sur le préservatif féminin. Le déclic. Depuis, ce mot est celui qui lui vient souvent à l'esprit. Dans quelques jours, elle partira pour Toulouse pour un concert. Et elle en parlera. La musique ne lui suffi pas; la musique ne lui suffisait pas. Elle avait le sentiment de naviguer à vue. C'est comme si un vide complet planait sur sa vie. Tel François Morel, un essaim de questions bourdonnait à ses oreilles : " En quoi puis-je croire? Ai-je raison de vivre? Ma vie a-t-elle le moindre sens, la plus petite signification? Suis-je un rouage indispensable de l'univers ? " Aujourd'hui, parce qu'elle dispose de la plénitude d'un amour qui n'attend rien en retour, c'est une femme comblée, radieuse et souriante qui se promène avec dans sa bésace un tas de préservatifs féminins. Bon courage Faya !
Bedel Baouna |