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Il faut plus d’exemplarité au sommet de l’Etat Suggérer par mail
07-03-2010

Il faut donc plus d’exemplarité au sommet de l’EtatLe Congo manque de vision

Absence de volonté, excès de zèle, laisser-aller... L’administration congolaise est devenue un gigantesque défouloir. Les usagers sont traités avec la plus inqualifiable des attitudes désinvoltes qui soit, sans que cela n’interpelle les autorités.

Une tribune de Jean Claude Beri

Les relations entre les Congolais et leur Administration sont tellement alambiquées, sombres, que seules les initiés aux méthodes de "l’ethnicisme", du régionalisme, du clanisme, du clientélisme, du forcing, etc… s'en sortent de leurs démarches. Aussi, la recherche des réponses aux questions de l’intérêt national, exige de notre part un engagement ferme et déterminé. Comment améliorer les performances de l’Administration publique congolaise ? 

Chacun le sait, la société congolaise de 2010 est à l’abandon, en perpétuelle usure morale. Une irréversible décrépitude. " Avant, je venais au travail avec la joie et le plaisir de retrouver mes collègues ; aujourd’hui, on se dit à peine bonjour et chacun s’enferme dans un mutisme pesant ", observe un chef de service, sous couvert d'anonymat. Et d'ajouter : " Dès que j’arrive au travail, je n’ai qu’une envie, c’est de ressortir et d'aller m’installer au Nganda d’à côté, au moins là-bas, je discute et je me sens bien... Je suis chef de service depuis 16 ans, il y a six mois Mr O. Daniel, rentré récemment du Maroc, est nommé directeur, mais c’est moi qui continue à exécuter toutes les tâches qui lui sont destinées. Pourquoi voulez-vous que je travaille plus que ceux qui gagnent trois fois plus que moi, en ne faisant pratiquement rien ? Je me contente du strict minimum ", se plaint-il. Le constat est alarmant et très inquiétant. 

C’est donc une société congolaise, fragmentée et en mal d’ambition collective, qui se dessine chaque jour, en creusant progressivement une atmosphère soupçonneuse et désarmante. Cette situation, connue de tous, provoque aujourd’hui un sentiment de repli sur soi, une volonté manifeste de se protéger de l’autre avec en toile de fond un sentiment sous-jacent d’injustice. "Désormais, ceux qui respectent la loi sont parfois moins bien traités que ceux qui la bafouent quotidiennement. L’émergence d’un sentiment de « Racisme social » voit le jour, mettant en concurrence les Congolais non pas pour faire éclater l’excellence au travail, mais bien pour encourager la frustration et la médiocrité", estime un autre chef de service, pointant du doigt les autorités politiques...

Les responsabilités de l’Etat
 
La responsabilité des autorités politiques est cruciale, car le changement dépend de leur connaissance, de leur expérience et de leur conscience de la gestion de l’Etat, l’administration étant en charge de missions de préparation et de mise en œuvre des politiques publiques. En dépit des résistances, quand la volonté politique est présente et déterminée, elle s’impose. Il faut donc plus d’exemplarité au sommet de l’Etat. On ne le dira jamais assez, il est indécent pour les hommes politiques congolais d’étaler un patrimoine douteusement acquis tout en réclamant des efforts aux citoyens privés du minimum. L’expansion de la corruption, le sport favori des hommes politiques, met gravement en danger toute volonté de bonne gouvernance et toute ambition nationale de démocratisation de l’administration congolaise. En favorisant le clientélisme des uns au détriment de l’excellence des autres par la méritocratie, l’Etat crée un communautarisme qui alimente aujourd’hui le pseudo-débat déplacé sur la tribalité. Si l’Etat lâche ses minorités dans la fosse aux lions, celles-ci ne peuvent que resserrer les rangs. Barack Obama, en usant du meilleur de chaque communauté américaine, a montré que ce qui est important dans chaque individu, ce n’est ni son origine ethnique ou tribale mais la manifestation intrinsèque de son intelligence. La gestion équitable de l’homme placé dans un environnement structurel adéquat est la clé de la réussite et du retour vers une vision collective d’une société congolaise, où tout nous lie plutôt que nous divise. Et cela passe par des chartes.

Définir et mettre en place une charte de qualité et d’excellence
 
Loin d'être prétentieux (nul n'a le monopole de la pureté d'intention), il serait judicieux qu’une charte d’éthique soit initiée pour promouvoir la qualité. Entre autres, moraliser la vie politique par la recherche de l'exemplarité et des actes... Renforcer la formation des agents publics doit être une priorité et doit se faire sur des critères de sélection par le mérite et non par l'allégeance partisane ou non plus par l’appât des primes injustifiées. La rigueur dans cette logique sélective favorisera la possibilité d’une formation à la compétence technique, à l’éthique professionnelle et morale. Redynamiser l’administration publique congolaise passe aussi par une revalorisation salariale de ses agents. Voici plus de deux ans que les salaires des magistrats ont été réévalués. Mais ceux des agents municipaux et beaucoup d’autres sont restés gelés, sous la prétendue excuse d’absence de masse budgétaire pour répondre à cette demande. Pourtant, l’on s’engage à nommer de nouveaux généraux et, récemment, l'actualité a fait état d'un achat d'armes pour 700 millions de dollars. C’est à ne rien y comprendre. Combattre "l’ethnicisation", la régionalisation et le clanisme des postes et des promotions (avancement de grade) : ces maux sont une véritable prime à la médiocrité et à la déliquescence de l’administration. Les politiques actuels doivent se dédouaner de ces torpeurs. Recréer un pacte de confiance entre les Congolais et l’Etat. Pour ce faire, il faut une exigence de justice sociale qui soit placée tout en haut des priorités : on ne peut pas obtenir la confiance si les efforts ne sont pas justement repartis. Une vraie justice sociale passe aussi par le respect des droits des femmes. Dans notre pays, où la quasi-totalité des grandes entreprises (SNCP, CORAF, AIR-CONGO...), sont dirigées par des hommes, les salariés masculins, pour un travail égal ou comparable, gagnent en moyenne 55 % de plus que les femmes. Celles-ci constituent 80 % des « travailleurs pauvres » (touchant les plus bas salaires), assurent 80 % des tâches ménagères et des soins aux personnes dépendantes ; elles s'occupent de l'éducation des enfants. Et c’est à cause de ce travail gratuit que le progrès social est le plus lent : cette injustice sociale ne mérite t-elle pas d'être dénoncée? Faire de l’égalité des femmes et des hommes une priorité politique : voilà qui serait une vraie rupture ! Et une avancée significative vers une vision collective unitaire. 

Disons-le clairement, certaines attitudes affichées par les acteurs politiques ont provoqué un élan de repli sur soi très négatif sur la conception de la gestion de l’administration publique. La société congolaise, comme toute organisation en mouvement, au service d’un environnement donné, n’a de chance de se développer que si elle est pensée, réfléchie. Ainsi donc, la part de la réflexion efficacement conçue en amont, concrétisée par une action vigoureuse, demeure déterminante pour une réforme administrative en profondeur. De même, il serait nécessaire dans le cadre général de la modernisation de l’Etat, de définir et de mettre en place une charte de qualité et d’excellence, pour mettre véritablement l’action publique au service des citoyens et pour clarifier la notion d’Etat. En effet, c’est par la promotion d’une administration publique capable de libérer les énergies, de construire la démocratie, l’Etat de droit... que le Congo pourra espérer intégrer la marche du millénaire, au rythme de la compétitivité imposée par la mondialisation, présente et incontournable. Il est urgent de revenir aux fondamentaux - la défense de la République, de la nation, de l’Etat. On ne peut pas se couper des aspirations du peuple congolais, comme c’est le cas aujourd’hui. 

Pour les politiques congolais, il s’agit-là d’une exigence, d’une urgence, d’un défi à relever, en tout cas d’une ardente obligation pour donner à l’Etat la stabilité et la légitimité indispensables à la consolidation du présent et à la préservation de l’avenir. C’est à ce prix que l'Etat, de plus en plus marginalisé, aura des chances de gagner et avec plus de dignité, la bataille de la reconquête de la vraie justice sociale.

 

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