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17-03-2010

De gauche à droite : Ghislaine Sathoud (Porte-parole du YWCA Canada),  Ève Bazaiba Masudi (Sénatrice en République démocratique du Congo)Une croisade à la 54e session de la Commission de la condition de la femme de l’ONU.

Par Ghislaine Sathoud

Le Siège de l’Organisation des Nations Unies à New York a abrité du 1er au 12 mars 2010 la session annuelle de la Commission des Nations Unies sur le statut des femmes. Cette concertation vise à réunir les décideurs politiques et les activistes œuvrant dans les questions de genre pour aborder des réflexions multidisciplinaires et sensibiliser l’opinion internationale sur réalités quotidiennes des femmes. L’un des principaux objectifs de ces retrouvailles, qui symbolisaient également la célébration du quinzième anniversaire de la Quatrième Conférence mondiale de l’ONU sur les femmes, que l’on appelle communément la Conférence de Beijing, était de bâtir des stratégies communes de changement à différentes échelles. Rappelons que les participantes et participants ont mis un accent particulier sur la nécessité d’agir contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes.

J’ai eu l’insigne honneur de participer à cet événement de grande envergure. J’y suis allée pour représenter l’organisme YWCA Canada. Nous avons présenté une communication le mardi 9 mars au Church Center des Nations Unies qui est situé au coin de la 44ème rue et de la 1ère avenue. Pendant cette séance, qui comprenait également une projection vidéo, nous avons souligné que la violence conjugale est un drame planétaire.

Notre présence à l’ONU coïncidait avec un événement aussi grandiose qu’historique : le centenaire de la Journée internationale de la femme. D’ailleurs les recommandations onusiennes en vue de favoriser l’égalité des sexes et de consacrer une journée de réflexion sur la place de la femme dans la société suscitent des réactions, et ce, tant sur le fond que sur la forme.

Depuis des années, tout en m’impliquant activement dans des actions collectives favorisant l’émancipation de la femme, sur plan individuel, je mène des réflexions sur cette problématique. La Journée internationale de la femme a-t-elle encore sa place dans la société actuelle ?

Oui, il faut conserver ce gain et les femmes doivent saisir cette opportunité pour organiser une forte mobilisation. La condition de la femme est dans une constante instabilité, les avancées et les reculs s’enchaînent de façon vertigineuse. C’est donc une lutte perpétuelle…

Sans compter que cette « reconnaissance », aussi minime soit-elle, fut acquise péniblement, au prix d’énormes sacrifices. De ce point de vue, il faut donner une connotation festive à ce gain.

Eh oui, une victoire, ça se fête ! Oh que oui, la célébration d’un centenaire est un moment de réjouissance ! Au fond, le plus important c’est de poser des actes concrets pour défendre la cause des femmes. Mieux encore, la question de l’égalité des sexes ainsi que toutes les problématiques connexes qui s’y rattachent ne se résoudront ni par une impulsion militante circonstancielle, ni par des théories tapageuses exposées en une journée. La défense des droits des femmes est un combat de tous les jours. Encore faut-il choisir des armes efficaces, se positionner dans une démarche constructive et collective pour contribuer positivement à cette cause.

Il y a quelques années, guidées par un élan féministe, avec des amies, nous décidâmes d’organiser une tournée dans des restaurants montréalais, en ciblant des points précis, pour vérifier une information sur l’atmosphère qui prévaut dans la ville le 8 mars. Nous fûmes surprises de constater qu’ils étaient bondés de monde, comme le stipulaient plusieurs rumeurs. Des femmes habillées en tenues traditionnelles de leur pays d’origine envahirent les lieux.

Quand nous engageâmes des conservations avec elles, nombreuses nous confièrent que pour une journée spéciale comme celle-là, les femmes ne doivent pas s’occuper des tâches ménagères. Quelques-unes étaient fières de souligner que leurs époux avaient instauré un rituel pour les laisser sortir cette journée.

Les femmes immigrées vivent des difficultés de plusieurs ordres, particulièrement celles qui ne peuvent pas s’exprimer dans les deux langues officielles du Canada. Nombreuses s’enferment dans un isolement destructeur. D’ailleurs nous saisîmes pour leur parler des services d’accompagnement qui mettent en place diverses initiatives visant à sortir les femmes de l’isolement. Rejoindre cette population est un défi de taille. Pour elles, le 8 mars rime avec cette sortie, un point c’est tout. Raison pour laquelle il ne faut pas s’enfermer dans des positions rigides, nous devons tenir compte de toutes les sensibilités pour définir l’orientation à donner à cette journée. Le fait qu’elles soient conscientes de l’existence de cette journée est déjà un point positif. Qui sait, peut-être qu’un jour elles iront plus loin dans leur réflexion pour devenir des militantes confirmées ? Peut-être que oui, peut-être que non…

Qu’elles aient une perception « superficielle » ou une conception « philosophique » de cette journée spéciale, souvenons-nous simplement que le 8 mars est une action unificatrice, une démarche inclusive pour libérer les femmes des discriminations. Et n’oublions pas que le combat des femmes est une dénonciation des inégalités, une conquête des droits, et bien plus encore.

Le monde des femmes étant hétérogène, composé d’une population diversifiée, avec des différences énormes sur le plan de l’éducation et sur le plan de l’autonomie économique, il est impératif de reconnaître ces réalités pour éviter de renforcer les inégalités…

Mais bon, en ce qui me concerne, ce centenaire s’est passé dans une période intensive et je n’ai pas pu m’associer au mouvement de réjouissance suscité par cet anniversaire. Cela dit, je suis heureuse d’avoir participé à cette rencontre dont le but était de faire prendre conscience à tout un chacun que les femmes ont le droit de vivre dans un environnement sans violence.

Je me suis envolée vers New York dans un avion de la compagnie Air Canada. Au bout d’une heure de vol, nous arrivâmes à l’aéroport La Guardia. Selon les dispositions prises par les organisateurs de mon voyage, un service d’accueil s’occupa de moi pour m’emmener à l’hôtel Eastgate Tower situé sur la 39e avenue, non loin du lieu où se tenaient les conférences. Ce fut un immense plaisir de retrouver quelques coéquipières qui s’y trouvaient déjà. D’autres arrivèrent du Canada quelques heures après moi. Puis, nous nous rendîmes ensemble dans les locaux des Nations Unies pour compléter les formalités administratives. La procédure ayant été entamée au Canada, l’inscription ne se finalise qu’à l’arrivée sur présentation du passeport et de la lettre d’invitation envoyée par l’ONU.

Ensuite, le service du protocole du YWCA Canada m’indiqua un itinéraire. Un programme bien chargé à respecter scrupuleusement. Sans hésiter, je demandais une faveur, que l’on m’accorda gentiment, à ma très grande satisfaction. Conformément à mes souhaits, j’avais l’autorisation, quand mon emploi du temps le permettait, de participer aux activités organisées par d’autres femmes. Alors, j’ai assisté à une présentation sur la violence au Nigeria. Plusieurs thématiques furent abordées : la traite des femmes, les violences dans la sphère publique et dans la sphère privée, le comportement des services de l’ordre qui affichent une indifférence face au désordre orchestré par des fouteurs de trouble qui détruisent les femmes en leur infligeant des sévices corporels et psychologiques. Et pour étayer son propos, l’une des intervenantes, Madame Sandatu Shelu, fait la collecte des preuves, rassemble des images. Certaines exhibaient des femmes défigurées après avoir été aspergées d’acide. D’autres exposaient des victimes de viols humiliées dans leur intimité. D’autres encore présentaient des cadavres avec des marques de violences physiques. Plusieurs personnes dans l’assistance voulurent savoir s’il était indispensable de diffuser des images si odieuses, si traumatisantes. Cette femme combative et persévérante a répondu par l’affirmative.

Ce qui était intéressant, c’est qu’un homme figurait parmi les conférenciers qui dénonçaient la violence à l’égard des femmes au Nigeria. Et dans l’assistance, un autre homme, un policier Ghanéen, parla de son expérience dans la lutte contre la violence. Il use de plusieurs subterfuges pour convaincre les femmes à briser le silence. D’ailleurs nous conclûmes que le contact sera maintenu afin de joindre nos forces dans nos combats respectifs pour redonner de la dignité aux femmes.

Je fis à Madame Sandatu Shelu la proposition de m’honorer de sa présence lors de ma présentation. Quelle ne fut pas ma joie de la voir assise, m’écouter religieusement et réagir par des gestes d’approbation. Demandant la parole, elle me remercia pour l’invitation, décida sur-le-champ d’établir une collaboration fructueuse et de maintenir le contact.

J’ai également eu la joie et le bonheur d’assister à des conférences sur la condition des femmes dans les pays post-conflits. Les femmes d’Irak et du Darfour s’étalèrent longuement sur obstacles rencontrés dans la reconstruction de leurs pays respectifs. Autre chose : pour sortir du pays, les Irakiennes doivent obtenir une « permission » auprès des hommes de la famille ou du mari.

Du côté de la République Démocratique du Congo, l’exposé se passait au moment où je devrais partir à l’aéroport pour reprendre mon avion sur Montréal. Je fus profondément affligée par cette situation. L’équipe chargée de la logistique improvisa quelque chose pour me soulager : ces amies me proposèrent de repousser le départ pour l’aéroport (avec les risques de rater mon avion), d’aller au Church Center des Nations Unies, où la conférence se déroulait, dans l’espoir de discuter avec les responsables de cette activité. Ce qui fut fait.

Qui ne risque rien n’a rien, n’est ce pas ? J’ai rencontré deux des trois conférencières. La Sénatrice Bazaiba Masudi Ève, une femme d’une grande affabilité, accepta plaisamment de discuter avec moi pendant un bon moment. Ce que j’ai le plus aimé, c’est que les affiches publicitaires distribuées ce jour-là mettent l’accent sur le fait que la violence conjugale n’est pas seulement physique.

Justement la violence étant un phénomène complexe et subtil qui s’installe progressivement et insidieusement, pour mieux la combattre, il faut la démasquer, montrer les nombreuses facettes pouvant rendre le dépistage difficile.

Concernant les violences sexuelles vécues par les femmes pendant les guerres, j’ai eu le temps d’assister à la projection d’un film sur un accord de coopération entre la Bosnie et la République démocratique du Congo. Les deux pays ayant subi les mêmes problèmes, les populations se tendent la main pour panser leurs blessures.

Pour conclure, cette croisade à L’ONU s’acheva sur une bien triste note. Les violences exercées sur ces femmes considérées comme esclaves sexuelles continuaient de défiler sous mes yeux sur le chemin de l’aéroport.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que, d’une manière générale, les échanges furent instructifs. 

Définitivement, cette expérience est fort enrichissante à des degrés divers. Elle ravive ma flamme militante !

Une chose est sûre, je ne cesse de ruminer les souvenirs de cette aventure humaine exaltante. Ensuite viendra le moment de reconstituer les faits pour mener des actions pluridisciplinaires et stratégiques dans la prévention de la violence et dans le soutien aux victimes de ce fléau.

Pour l’instant, laissons l’idée poursuivre tranquillement son petit bonhomme de chemin…

 

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