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Crabe Rouge, spectacle mis en scène et écrit par Julien Bissila, sur l'affaire des disparus du Beach à Brazzaville.
Julien Mabiala Bissila - Compagnie Nguiri Nguiri - Congo Brazzaville

Parcours
La compagnie Nguiri-Nguiri est le fruit d’une rencontre entre Julien Mabiala Bissila (Auteur, comédien et metteur en scène) et Roger Mantsanga (Régisseur et percussionniste). Nguiri-Nguiri est le nom d’un instrument de musique traditionnelle joué chez les tékés lors de la sortie du Roi Makoko. Cet instrument sacré est joué aussi dans des grandes fêtes pour rassembler les habitants de différentes régions pour un moment important.
Les missions de la compagnie étaient de faire la promotion et la production des spectacles vivants et des écritures contemporaines. Mais elle se heurte à la guerre de Brazzaville en 1997. La compagnie s’est alors réfugiée dans la ville de Dolisie, bénéficiant d’une résidence de création au centre Salangolo de l’Eglise Catholique de la localité.
En décembre 1998, la ville de Dolisie bascule à son tour dans les tourments de la guerre. Contrainte une fois de plus à l’exode, la Compagnie s’est égarée une année durant dans le "sexe" de la forêt du Mayombe. De cette errance est né le spectacle "Ça tire", satyre de la tragédie congolaise de ces dernières années mise en scène par Jean-Jules Koukou.
Sortis de la forêt en décembre 1999, les membres de la compagnie, témoins et victimes des violations massives des Droits de l’Homme perpétrées lors des différentes guerres fratricides qui ont déchiré le Congo Brazzaville, se voient obligés de s’orienter parallèlement vers un autre genre théâtral : le théâtre d’urgence. La Compagnie a organisé et participé à plusieurs manifestations culturelles de sensibilisation et de mobilisation des populations autour de la question de la dignité humaine. Après ces expériences, la compagnie est fragilisée par les menaces des membres de la sécurité. Plusieurs acteurs mettent fin à leur carrière.
En 2002, Julien rentre à Brazzaville, la ville est encore dans un chaos total. Il s’installe sans autorisation dans les locaux en ruine d’une ancienne industrie de fabrication d’aliments de bétail (SOFAB) et décide de relancer la compagnie. Rejoints par d’autres comédiens comme Ulrich Ntoyo, Dorient Kally, Nafie Bayissa et autres. Ce lieu sera un centre d’échanges, de création et de production.
Un vrai centre culturel de fortune. Le théâtre, la percussion et la danse deviennent dans ce lieu, des outils de refuges et de solidarité pour ne pas céder au désespoir.
En 2005, la compagnie est délogée de force par la police pour laisser place à une église du Réveil. Aujourd'hui, la résistance continue. Ailleurs...
Le spectacle
Je suis auteur dramatique, d'origine congolaise. Mon projet d'écriture s'inscrit dans un travail de recherche sur "écrire en temps de guerre". Si la guerre est une destruction, cette destruction peut elle construire une écriture, une langue, un vocabulaire ? Pour Crabe rouge, j’ai choisi de porter mon regard sur les témoignages de rescapés de l'affaire des disparus du Beach*.
Comment raconter ce que nous avons vécu, l’horreur sans pathos ? On dit que "la guerre anesthésie les consciences", comment faire notre propre devoir de mémoire, rendre justice à nos disparus tout en gardant l’élan vital de notre jeunesse, l’insouciance et la joie qu’on confère à nos âges ? C’est ce que mon travail d'écriture tente de faire : une "mise en texte" axée sur la liberté des mots, l’éclatement de la narration comme celui des repères de temps et d’espace. "L’humour."
Julien Mabiala Bissila
Dans le "Crabe Rouge", bar le plus chaud de Diata-zzaville, Bayouss, le barman se prépare à accueillir une grande foule attirée par le procès national diffusé en direct à la télé (L’affaire des disparus du Beach). Malheureusement, la loi qui vient de voir le jour rendue à même le sol par un agent de la sécurité, déclenche la colère d’un enfant soldat armé d’un kalachnikov. "Interdiction formelle de vendre ou de prendre la bière sur toute l’étendue du pays pendant le procès national : loi 11". A la télé, les accusés ne veulent pas se débarrasser de leurs revolvers. Dans le bar, une fille gueule sa douleur d’enfantement entre les souvenirs de ses deux enfants disparus et le futur-né qui refuse de naître à cause d’une coupure d’électricité… c’est le commencement du K.O. En attendant le verdict du procès à la télé, le bar est dans le noir...
* Evocation du drame du Beach qui, pendant la dernière guerre civile du Congo, a coûté la vie à plusieurs centaines de personnes, des rescapés noyés sur ordre des autorités.
Texte et mise en scène : Julien Mabiala Bissila
Avec Julien Mabiala Bissila, Alvie Bitemo, Sorel Boulingui et Richard Mahoungou
Scénographie et lumière : Simon Moumbounou / costumes : Alvie Bitemo
Production : Compagnie Nguiri-Nguiri / Coproduction : Théâtre des Bernardines Marseille
 La compagnie Nguiri-Nguiri au Théâtre des Argonautes à Marseille
Avis personnel : Ce samedi 20 mars 2010, au Théâtre des Argonautes (Marseille), j'ai été mis devant mon propre miroir entre l'Amour et la Haine, le Bien et le Mal, la Beauté et l'Horreur, le Sérieux et l'Humour... un véritable contraste alterné entre le blanc et le noir (clin d'oeil aux amateurs du jeu de dames). Aux parents et familles des disparus du Beach et à nous tous, voilà un authentique vecteur de sensibilisation et d'information sur cette triste affaire des disparus du Beach, je vous invite à promouvoir ce spectacle... Vous êtes intéressés, alors contactez la Compagnie Nguiri-Nguiri via Kimpwanza qui transmettra. André Patrick Tchissambou. |