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Isabelle Huppert, belle et superbe en Afrique Suggérer par mail
27-03-2010

Isabelle Huppert, belle et superbe en Afrique La sublime actrice française Isabelle Huppert, 55 ans, incarne Maria Vial dans White Material. En salles depuis ce mercredi 24 mars, ce film de Claire Denis co-écrit par le prix Goncourt 2009 Marie NDiaye, est une peinture dramatique d'un couple français dans un pays africain, en proie à l'imminence d'une guerre civile... Isabelle Huppert rejoint deux actrices américaines...

Le destin de l'Afrique se confond-il avec la violence?... Etre Blanc en Afrique rime-t-il avec invicibilité ?... Cette attitude ne renvoie-t-il pas au Colonialisme?... Cependant, loin de ces questions ô combien importantes, loin de ces clichés hautement répandus, White Material est un film viril et, quiconque s'y plonge, en ressort extasié.

Un orgasme cinématographique garanti. Un film intimiste qui montre à quel point la violence, quelle qu'elle soit et d'où qu'elle vienne, demeure une absurdité sûre. L'histoire : dans un pays africain indéterminé, une femme blanche, propriétaire d'une plantation de café, s'obstine à sauver ses terres - qu'elle considère comme siennes -, en dépit de l'imminence d'une guerre civile. Ses employés africains ont fui ; son mari (incarné par Christophe Lambert) tente de lui faire entendre raison. Rien n'y fait. Elle veut, coûte que coûte, sauver son lopin de terre.

Le premier plan est d'une beauté brutale : Maria est seule dans un champ désséché, de terre rouge, comme pour montrer que l'histoire se passe en Afrique. Puis, au fur et à mesure que le fleuve du film coule, la caméra s'attarde longuement sur le vide...

White Material n'est pas un film sur la guerre, mais sur le flottement, l'agitation qui précède une guerre. En fait, ce film étaye ce que professait l'immense André Gide : "C'est avec les bons sentiments qu'on fait de la mauvaise littéraire." Non, les bons sentiments ne sont pas l'apanage de l'héroïne Maria Vial - un personnage vif, une femme de fortes convictions, "désynchronisée par rapport à ce qui lui arrive". Devant le chaos inéluctable, elle devient insensible au sort de ses hôtes, illustrant par là l'hypocrisie des expatriés qui croient avoir beaucoup fait, sans vraiment avoir rien fait. Tant pis pour le reste, seule compte la récolte ! Ses désirs, donc. Ses intérets priment sur tout. Pis, aux yeux de Maria Vial, les "enfants soldats" sont "des petits bergers". Elle passe des barrages, moyennant quelques dollars.

Et, derrière les images de White Material, il y a une littéraire. Oui, pour écrire ce merveilleux rôle, Claire Denis - certainement la plus Africaine des réalisatrices françaises : elle a grandi au Cameroun -, s'est adjoint la sensualité et la puissance de la plume de Marie NDiaye. La rencontre d'une caméra et d'une plume. "Quelque chose nous attirait l'une vers l'autre, mais nous n'étions pas certaines de pouvoir travailler ensemble", avoue Claire Denis. Une autre littéraire, une grande dame et Prix Nobel, Doris Lessing, aurait pu inspirer ce film, avec Vaincue par la brousse, mais Claire Denis n'a pas souhaité traiter d'un sujet des années 1930, "un problème si lointain aujourd'hui". Alors, quitte à décevoir la belle Isabelle Huppert, elle lui a proposé un sujet contemporain. Et, un soir, dans le journal télévisé, Claire Denis tombe sur l'armée française qui évacuait les expatriés français en Côte-d'Ivoire... "J'avais vu la scène de l'hélicoptère avec des Blancs qui refusaient de partir. Je suis partie de là et j'en ai parlé au producteur qui a contacté Marie NDiaye pour savoir si elle voulait écrire le scénario avec moi", raconte-t-elle à Afrik.com. Maria Vial est un rôle sur mesure pour Isabelle Huppert, comme d'autres actrices encore eurent cet honneur, pour un film en Afrique.

Dans la lignée de Katharine Hepburn et de Meryl Streep...

En vérité, Isabelle Huppert s'inscrit dans la lignée de deux grandes actrices américaines. Katharine Hepburn excella dans African Queen (1951), un film adapté par James Agée, John Huston et Peter Viertel ; un film qui traite, d'une certaine manière, de la violence en Afrique, sous la colonisation. Et, surtout, de la sauvegarde des intérets et des exploitations miniers. Meryl Streep, elle, est magistrale dans Out of Africa (1985), un film adapté du roman autobiographique de Karen Blixen. Ici aussi, la violence est présente, de même que l'obstination de faire pousser à tout prix des cafétiers sur des terres nues.

Isabelle Huppert, Meryl Streep et Katharine Hepburn sont tout simplement des exploratrices. Toutes trois se sont lancées dans l'inconnu et ont découvert des territoires magiques. Cela s'appelle l'art. Leur talent, leur beauté, dépassent pour ainsi dire le quotidien. Elles incarnent la grâce. C'est-à-dire, elles ont osé des pas vers l'autre, sans préjugés ; elles disposent de la plénitude d'un amour pour tous. Merci Isabelle, Katharine, Meryl !

Bedel Baouna

 

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