|
Coup de chapeau à l'Association de la presse panafricaine (APPA) qui sous son initiative, les journalistes africains à Paris ont rendu un vibrant hommage à Pius Njawe lors d'une conférence de presse le vendredi 23 juillet 2010 au Cape.
Personnellement, j'ai eu l'occasion à trois reprises de croiser le chemin et destin de Pius Njawe. La première fois, c'était à Windhoek en Namibie en mai 2001 lors de la célébration du 10e anniversaire de la déclaration de la Journée mondiale de liberté de presse.
A cette occasion, il y eut la cérémonie de remise du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO-Guillermo Cano ainsi qu’une conférence avec des journalistes, des rédacteurs en chef et des représentants d’organisations non-gouvernementales et professionnelles d’Afrique et du reste du monde. Je me souviens de Pius Njawé qui avait fait une intervention remarquable, mais aussi d'une consœur camerounaise Suzanne Kala Lobe qui a été brillantissime lors de cette rencontre
La seconde fois, c'étais à Kinshasa, j'étais avec lui et deux autres confrères Congolais, le 16 septembre 2002, dans sa chambre à l'hôtel Memling lorsque le téléphoné a sonné pour lui annoncer le décès de son épouse Jane dans un accident de circulation entre Douala et Yaoundé. Pius n'a plus assisté à la rencontre de l'OMAC dont il était Vice-président à l'époque, il a décidé de rentrer au Cameroun. Et la troisième et dernière, c'est dernièrement lors de la conférence de presse le lundi 26 avril 2010 organisé l'Association de la Presse étrangère (APE) au centre d'accueil de la presse étrangère(Cape) à Paris. Notre confrère Roger Bongos qui a eu l'opportunité de se retrouver avec Pius Njawe et le groupe Camerounais à l'issue de sa conférence de presse au Cape dans un beau restaurant parisien pourra en témoigner rien ne présager que l'Editeur du Messager était inquiet ni qu'il envisageait de nous quitter sitôt.
C’est une grosse perte pour la presse camerounaise, la presse africaine, la presse en général. Pius Njawé n’est plus : le patron de Free Media Group, et directeur de publication du Messager de Douala au Cameroun a trouvé la mort dans un accident de la route en Virginie, aux Etats-Unis.
Pius Njawe même dans la mort restera cet éléphant dont chacun ne peut dire que ce qu’il observe de son point de vue. Celui qui se tient devant lui ne peut décrire que la trompe, les grandes oreilles et les petits yeux. Celui qui est sur le flanc a un aperçu général des pattes, mais voit surtout le flanc large et rigueur. Celui qui est derrière lui ne voit surtout que son postérieur relevé et orné d’une petite queue. Comment dire toute la vérité sur un éléphant dont personne n’a fait le tour complet, si tous les observateurs de l’éléphant ne peuvent confronter leurs observations pour en dresser un portrait synthétique ?
Cette perte de Pius Njawé est un coup dur, non seulement pour un continent noir où les Hommes d’exception deviennent de plus en plus des exceptions rarissimes, mais aussi, pour un Cameroun où les abus de pouvoir et les dérives dictatoriales, sont depuis longtemps la règle. Passer de vie à trépas au moment où l’Afrique fête le cinquantenaire de ses indépendances est donc un symbole et un signe du destin. Celui des grands esprits qui, on ne sait par quel concours de circonstances, viennent sur terre, l’illuminent, et en partent à un moment historique.
En effet, Pius Njawé fut à la fois un journaliste déterminé, un combattant non violent, un politicien vertueux, un justicier et un défenseur du peuple.
Chaque numéro du Messager était soumis à une censure préalable implacable, qui faisait sauter des passages d’articles ou carrément des articles entiers des pages soigneusement épurées avant d’être imprimées.
Pius Njawe avait trouvé un moyen de résister qui agaçait au plus haut point les autorités : il laissait en blanc les passages supprimés, permettant à chacun de ses lecteurs de se faire une idée de l’ampleur des interdits de la semaine… Interpelé 126 fois en trente ans… En trente ans de journalisme, Pius Njawe a fréquenté la prison autant que les salles de rédaction : interpellé 126 fois, sans doute un record mondial, il a également passé plusieurs fois de longs séjours en prison lorsque son journal franchissait quelque ligne rouge du régime bêtement autoritaire de Paul Biya.
Journaliste engagé Pius Njawé était une redoutable menace pour le pouvoir de Yaoundé. Aux cotés d'une opposition affaiblie et corruptible, il est resté fidèle à ses principes et n'a jamais manquer l'occasion d'étaler aux yeux du monde les écuries d'Augias du président Biya. D'une aura incommensurable, à lui seul, il représente la véritable opposition camerounaise, celle qui est capable de mettre en mal le sérail. Sa forte implication dans les procès de Lapiro de Mbanga, Thierry Michel Atangana et Titus Edzoa, gênerait plus d'une personne en haut lieu. Devenant ainsi un caillou dans la chaussure des autorités de Yaoundé.
D’après le témoignage du Capitaine Mike Thibeault, porte-parole du Département de l’incendie de Chesapeake, la cité voisine, le camion assassin, un Mack (2000) appartenant à J. W. Canaday Trucking Inc., de Providence Forge a percuté de plein fouet l’arrière de la petite Lexus Sedan 300 dans laquelle se trouvaient deux passagers, dont le célèbre journaliste. Le petit véhicule, datant de 1994, se serait, lui, immobilisé subitement sur l’autoroute inter-état 664 South près de l’échangeur Bowers Hill, victime (soi-disant) d’une panne, d’après le Sergent R.W. Walker, se confiant au journal The Virginian Pilot. C’est tout.
Les accidentés, eux, ont été transportés à l’hôpital général Sentara de Norfolk. La police de l’Etat de Virginie fermait quant à elle provisoirement une partie du Military Highway en attendant les premières équipes de secours, intervenues une dizaine de minutes plus tard. La circulation a également été déviée pour permettre un nouvel accès à l’autoroute I-664 plus loin…
Telle est la version issue, sans nul doute, d’un seul témoignage : celui du chauffeur du camion Mack à la police locale. Une version dont l’objectif est qu’elle lui fût favorable, face aux conséquences juridiques de l’accident – le rapport d’autopsie subséquent, datant du 16 juillet, fait état d’une hémorragie interne provoquée par une compression de la cage thoracique du journaliste des suites du choc.
Citoyen du monde, il était connu comme l’un des avocats les plus déterminés de la liberté de la presse et des droits de l’homme dans son pays et en Afrique. A ce titre, il se voudra un journaliste pugnace et intransigeant. Entre 1997 et 1998, pour avoir écrit que le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, a été victime d’un malaise lors d’une finale de la coupe du Cameroun, il est arrêté et jeté à la prison de New-Bell à Douala.
Pourfendeur du pouvoir politique de son pays, il s’engage aux côtés de l’opposition politique à la fin des années 80. Probablement déçu, Pius Njawé dénonce certains pouvoirs en place en Afrique. Mais aussi l’opposition africaine en général, « celle du Cameroun en particulier, qui n’existe pratiquement pas ». Un autre front de combat en somme. Un peu comme celui qu’il ouvre en 2002, lorsque sa première épouse, Jane Njawé, trouve la mort au Cameroun dans un autre accident de la circulation.
Pius Njawé crée la Fondation Jane & Justice, une association pour lutter contre les accidents de la route dans son pays. Dès lors il sensibilise organise des campagnes de prévention routière. C’était sans savoir qu’il mourrait lui-même sur la route. Loin des siens, dans un pays où les voies de communication sont plus sécurisées. Huit ans seulement après le brutal départ de son épouse, il s’en va sans jamais avoir réussi le pari de sa vie : Le retour au Biya originel. Terrible destin !
Par Freddy MULONGO -Réveil-FM |