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Par Botowamungu Kalome
Pour emprunter au vocabulaire médical, le docteur Marcel Guitoukoulou a préféré la tronçonneuse au bistouri pour disséquer le cas Denis Sassou N’Guesso qu’il n’accuse plus seulement de « faillite politique » mais aussi de « faillite morale » : « À l’occasion de la journée internationale de la femme, je ne peux m’empêcher de dénoncer le comportement de ceux qui sont au sommet du pouvoir et qui ont fait de la femme un objet sexuel. On s’offre des femmes et des filles des cadres politiques contre des portefeuilles, c’est une honte ! Voilà pourquoi après 25 ans de présidence, Sassou consent que les hommes puissent épouser autant de femmes qu’ils voudraient… »
Le samedi 13 mars dernier à Pantin (Région parisienne), devant une centaine de Congolais, l’opposant congolais a asséné des coups de bélier sur le bilan de Sassou qu’il accuse d’avoir érigé une nouvelle ethnie, celle d’authentiques prédateurs : « Au Congo, nous connaissions les ethnies des Lari, Bembe, Vili, Teke, Mbochi… mais Sassou en a créé une autre : celle d’une poignée de Congolais serviles à son régime qui vont des ministres jusqu’aux commis de l’État en passant par les préfets. Tous ont trouvé une nouvelle lubie : l’achat frénétique d’ appartements et de villas en France, au Brésil et au Portugal ». Cinquante après l’indépendance, le pays est passé selon Marcel Guitoukoulou sous la colonisation par cette nouvelle ethnie : « Le colonialisme était déjà abject, inadmissible et celui des autochtones sur des autochtones l’est encore plus ».
« Que Ben Ali tombe et que Sassou soit encore là, c’est incroyable »
Deux semaines avant la chute de Ben Ali, Marcel Guitoukoulou était en séjour en Tunisie pour des raisons professionnelles : « J’ai découvert un pays avec l’eau courante et l’électricité partout, des infrastructures impeccables, des structures de santé de très bonne qualité… le jour et la nuit en comparaison avec le Congo. Quand, la révolution tunisienne a commencé, j’ai compris que la soif de la liberté était la plus irrépressible des aspirations d’un peuple. Il est temps que le Congo passe à la refondation de la démocratie et se débarrasse d’un pouvoir corrompu ». Le médecin congolais va même plus loin et assure que la peur d’une nouvelle guerre civile trop instrumentalisée par le pouvoir doit s’estomper : « Un autre Congo est possible, ne renoncez pas, la peur doit changer de camp » et d’affirmer que le pouvoir a même très peur : « Depuis que Ben Ali et Moubarak sont tombés, Sassou fait survoler Brazzaville à basse altitude par des avions militaires pour intimider les Congolais, c’est le signe que le pouvoir a peur ! ».
Appel à la jeunesse et l’appel de la femme congolaise
Avant le propos de Marcel Guitoukoulou, Faïza Aboubacar, une jeune Africaine, a interpellé les hommes politiques avec un discours direct et très imagé qui comparait la situation de l’Afrique à un relais dont le témoin est tombé symbolisant l’absence du passage de témoin entre générations et de conseiller : « La politique c’est comme la course mais qui doit consister à courir avec les autres mais pas contre les autres. ». Ce à quoi Marcel Guitoukoulou a répondu : « Ne tombez pas dans le piège de certains membres de la diaspora qui se trompent de cible et d’adversaire, je vous engage à vous organiser afin d’exiger régulièrement des comptes au personnel politique de notre pays ».
Dans la même soirée, Léonnie Malanda a brossé un tableau peu reluisant du sort de la femme au Congo : « Cinquante ans après l’indépendance, la loi permet encore à l’homme d’épouser jusqu’à quatre femmes. De plus, les hommes politiques continuent à mettre des moyens importants pour financer des élections des Miss plutôt que d’encourager et de soutenir les filles qui s’adonnent aux études et à des disciplines artistiques qui les épanouissent. ». Peu diserte mais directe, Madame Malanda a fini sur une note grave, poignante : « Je ne saurai terminer ce petit discours sans une pensée pour la femme congolaise abîmée par la guerre civile, endeuillée à jamais par l’histoire des disparus du beach. Justement, pour cela, je voudrais dire avec toute la force de la mère qui porte la vie en elle, qui donne la vie dans la douleur, pour tout cela, je voudrais dire à tous les protagonistes de la scène politique congolaise : Plus jamais ça ! Plus jamais ça ! Plus jamais ça ! ».|Botowamungu Kalome (AEM) |