|
En pensant à la chanson d’Alain Bashung «Ma petite entreprise, connaît pas la crise», Sassou peut reprendre le refrain. Sauf que dans le cas du Congo, l’entreprise est plutôt de taille gigantesque. Le contraste est saisissant et le fait significatif.
Pendant que l’aide publique au développement (APD) subit une baisse tendancielle, Paris accroit son soutien financier au Congo-Brazzaville pour le bonheur, bien sûr, des agents de La Nouvelle Espérance.
D’après les chiffres qui ont été rendus publics le 4 avril, à Tokyo, par le Comité d'aide au développement (CAD) de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le montant total des crédits est tombé en 2007 à 103,6 milliards de dollars, contre 104,4 milliards en 2006 et 106,7 milliards en 2005. Si l'on corrige ce chiffre de l'inflation et des variations des taux de change, l'aide tombe à 95,6 milliards de dollars, soit un recul de 8,4 % en un an (Le Monde, 04 Avril 2008).
Au hit parade des pays qui ont réduit leur aide au développement, la France figure en bonne place. En effet, la contribution de la France a baissé de 15 %. " La France trahit sa promesse d'augmenter le montant de l'aide publique au développement (APD) en faveur des pays pauvres ", a dénoncé, le 3 avril, un communiqué de l'ONG Oxfam France-Agir ici. Les chiffres publiés par l'OCDE révèlent que, pour la première fois depuis 2000, le montant de l'aide française chute, et de façon considérable : il passe de 6 765 millions d'euros en 2006 - soit 0,47 % du PIB à 6 343 millions d'euros en 2007 - soit 0,39 % du PIB.
L’enfant gâté de Mpila
Et pourtant, au même moment, tel l’arbre qui cache la forêt, les deux Nicolas de la France ne font pas dans la dentelle au Congo-Brazzaville. Ils multiplient les amabilités dans une sorte de concours de séduction à l’égard de Dénis, le tsar d’Oyo. "Dans le cadre du renforcement de la coopération entre le Congo-Brazzaville et la France, la France a décidé d'augmenter son aide de 80 millions d'euros", a déclaré Nicolas Normand à la presse à sa sortie d'une entrevue avec le président congolais Denis Sassou Nguesso.
La France a bon cœur au Congo-Brazzaville, n’est-ce pas ?
Cette augmentation de crédit s'inscrit dans le cadre de l'accord signé l'année dernière à Paris par le président Denis Sassou Nguesso avec son homologue français Nicolas Sarkozy. Entre temps, d’après le journal d’Antoine Glaser, le 7 Décembre 2007, Nicolas Sarkozy, le président bling bling, avait arbitré pour une aide française à son pays de 185 millions €, dans le cadre d'un programme pluriannuel de partenariats, contre seulement'' 80 millions € proposés par les experts du Trésor. Ces derniers estimaient qu'avec un baril frisant les 100$, l'émirat du Congo-Brazzaville n'avait pas besoin de l’aumône et de la générosité du contribuable français (La Lettre du Continent n° 531, 20 Décembre 2007). Nicolas Sarkozy, l’hyper-président, avait pesé de tout son poids pour faire pencher la balance du côté des caprices de Denis Sassou Nguesso, l’enfant gâté de Mpila qui croule pourtant sous une montagne de pétrocfa.
Municipalisation accélérée : échec et mat
L'Agence Française de Développement (AFD), le bras armé de Paris en Afrique, devrait notamment financer partiellement un projet d'assainissement de Brazzaville dans les prochains mois. Cette ville capitale, abandonnée par les agents de la nouvelle espérance et menacée d’inondation, a pris des allures d’une décharge publique où les ordures ménagères s’amoncèlent et est rendue impraticable après la tombée de la pluie. Et ceci, sous l’indifférence totale de Hugues Ngouolondélé, le fils du général du même nom et le gendre de Denis Sassou-Nguesso, et de l’équipe municipale gangrenée par la corruption et triée sur le volet.
Aspects de Brazzaville (Madoukoutsékélé)
Cette aide financière s’emploiera à remettre à plomb les canalisations et les services de voirie, avant les réalisations hypothétiques et illusoires d’une municipalisation accélérée lancée à grand coup de renfort médiatique par Isidore Mvouba. Il y a eu Pointe-Noire, Impfondo, Dolisie, Owando : les effets de la municipalisation accélérée se font toujours attendre.
Le marin Bolloré conduit à bon port
Selon le site Afrique Centrale, l'AFD fait également partie des bailleurs de fonds devant financer le Programme d'investissements prioritaires (PIP) du Port autonome de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville, dont le coût global est d'environ 60 milliards de francs CFA (environ 90 millions d'euros).
Le milliardaire breton, Vincent Bolloré, ami de Nicolas Sarkozy, est particulièrement intéressé par le port autonome de Pointe-Noire (PAPN). L'un des ports les plus importants en eau profonde dans le Golfe de Guinée, le PAPN offre des facilités d'accostage aux grands armements. En effet, après les ports de Dakar, Abidjan, Lomé et Libreville, la bataille pour le contrôle des ports africains concerne dorénavant le port autonome de Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville. Une liste de six sociétés a été retenue par les autorités économiques congolaises via un organe opaque chargé des privatisations appelé Comité des privatisations qui relève officiellement de la compétence du Premier ministre fantôme Isidore Mvouba (et qui est piloté officieusement par Mpila autour de Denis Sassou Nguesso et Jean Jacques Bouya).
Parmi les postulants figure évidemment le groupe Bolloré (est-ce un hasard ?) déjà l'un des acteurs économiques incontournables pour la gestion des installations de l'unique port maritime congolais (SDV) et dont la candidature est directement soutenue par l'Élysée. Par contre, le «Dubaï Ports World», un fonds souverain de Dubaï, qui a remporté cette guerre des ports africains à Dakar et que l'on disait pourtant grand favori, n'est pas sur la liste.
Qu'est-ce qu'un fonds souverain ?
Il s'agit de fonds d'investissement dont les revenus sont propriété de l'Etat. Leur objectif est de faire fructifier des excédents budgétaires, dopés par les revenus pétroliers (Norvège, pays du Golfe, etc.) ou par les excédents commerciaux (Chine). Ils prennent la forme d'entités dédiées, comme le fonds ADIA d'Abu Dhabi, la China Investment Corp (CIC) en Chine, ou d'entreprises étatiques, comme Dubaï Holding.
Faut-il les craindre ?
Le flou qui les entoure fait redouter des ambitions plus politiques (espionnage industriel ou contrôle d'industries stratégiques) qu'économiques (Le Monde 16 Janvier 2008). Début 2006, l'entrée au capital de Dubaï Ports World dans les activités portuaires aux Etats-Unis a suscité une vive polémique. Et depuis, les réflexes protectionnistes se sont accentués.
L’attitude des autorités du Congo-Brazzaville participe-t-elle de cette logique ?
Voilà encore une occasion manquée pour le Congo-Brazzaville de diversifier ses partenaires économiques dans les activités portuaires.
Des tyrans aux petits soins de Paris
C’est un secret de polichinelle, avec les agents de la nouvelle espérance aux commandes, les objectifs de développement du Millénaire, solennellement adoptés à l'ONU en l'an 2000, ne seront pas atteints au Congo-Brazzaville. Il s'agissait de diviser par deux les stigmates de l'extrême pauvreté d'ici 2015 (disettes, mortalité infantile et maternelle, scolarisation).
Par ailleurs, dans le cadre de la relance du Fonds social de développement (FSD) et dans la perspective d’enrayer les inégalités criantes entre les populations consécutive à l’absence de mesures sociales des agents de la Nouvelle Espérance, la France a octroyé au Congo-Brazzaville, en février 2008, une enveloppe de 2 millions d'euros destinés aux populations vulnérables, aux groupes minoritaires et aux associations œuvrant pour la protection de l'environnement (cf. Afrique Centrale, 2 avril 2008).
Ainsi, la Françafrique va bien. La rupture peut attendre. Paul Biya a modifié la Constitution pour une présidence à vie. Idris Déby a été sauvé in extremis. Omar Bongo a obtenu les excuses de l’Elysée présentées par Claude Guéan et Alain Joyandet, le nouveau secrétaire d’Etat à la coopération. Denis Sassou Nguesso a reçu pour son pays un soutien financier de la France. Ainsi, Paris soigne ses hommes liges en Afrique. Qui dira pire !
Crise de conscience
Avec un baril de pétrole qui a franchi la barre de 120 dollars et un budget de près de 2000 milliards de francs CFA, le Congo-Brazzaville continuera-t-il de faire appel à la générosité des donateurs mondiaux ? Pourquoi le Congo-Brazzaville ne créerait-il pas son fonds souverain pour se protéger contre un éventuel retournement de tendance économique internationale ? Les fonds souverains préparent ainsi activement l'après-pétrole, faisant fructifier la manne pour la faire durer. Ils visent aussi à diversifier les sources de revenus et à développer l'industrie locale. CIC (China Investment Corp) , le fonds de Pékin, par exemple, devrait ainsi consacrer les deux tiers de ses 200 milliards de dollars au financement d'entreprises chinoises qui essaiment partout en Afrique, de Brazzaville à Dakar en passant par Lomé. La Nouvelle Espérance ne connaît sans doute pas la crise économique, mais elle est visiblement la proie d’une crise d’inconscience. Gouverner, n’est-ce pas prévoir ?
Benjamin BILOMBOT BITADYS |